Patricia Ardillier au 4ᵉ Colloque National des Proches Aidants : prendre soin de ceux qui prennent soin des autres

Dernière mise à jour : 1 sept.
Le 24 septembre 2026 à Lyon, Patricia Ardillier participera à la 4ᵉ édition du Colloque National des Proches Aidants, un rendez-vous consacré cette année à un enjeu essentiel : « L’aide aux aidants : comment pérenniser la filière professionnelle ? »
Une thématique qui fait profondément écho à ma pratique et à une conviction qui m’accompagne depuis longtemps : on ne peut pas durablement prendre soin des autres sans prendre également soin de ceux qui accompagnent.
Car derrière le mot « aidant » se trouve une réalité humaine souvent beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine.

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Sommaire
Être aidant, ce n’est pas seulement « aider »
Être aidant, ce n’est pas uniquement accompagner un proche à un rendez-vous médical, préparer ses médicaments ou effectuer certaines démarches administratives.
C’est aussi penser, anticiper, surveiller, rassurer, organiser et décider.
Et tout cela se superpose généralement au reste : travailler, être parent, conjoint, enfant, manager, dirigeant… et continuer autant que possible à vivre normalement.
On parle beaucoup de charge mentale des aidants.
Mais cette expression ne suffit pas toujours à traduire ce qu’ils traversent.
Derrière les rendez-vous médicaux, les démarches, les hospitalisations, les nuits interrompues et les décisions parfois difficiles existe une autre réalité, beaucoup moins visible : une charge cognitive, émotionnelle et corporelle considérable.
Quand le cerveau reste constamment en alerte
Lorsqu'un proche tombe malade, devient dépendant ou traverse une pathologie lourde, l’aidant peut progressivement entrer dans une forme de vigilance permanente.
Est-ce qu’il a bien pris son traitement ?
Pourquoi ne répond-il pas au téléphone ?
Que va nous annoncer le médecin ?
Comment organiser la prochaine hospitalisation ?
Qui pourra prendre le relais ?
Et si son état s’aggrave ?
Et si je ne suis pas là au bon moment ?
Progressivement, le cerveau apprend à anticiper le prochain problème.
Cette hypervigilance mobilise énormément de ressources.
L’aidant peut penser à son proche lorsqu’il travaille, lorsqu’il conduit, lorsqu’il mange ou lorsqu’il essaie de dormir.
Même lorsqu’il n’est pas physiquement présent, une partie de lui reste auprès de la personne qu’il accompagne.
Une sorte de présence mentale permanente qui, lorsqu’elle se prolonge, peut devenir profondément épuisante.
Derrière l’aidance, il peut aussi y avoir des expériences bouleversantes
Certaines situations confrontent également l’aidant à des événements particulièrement difficiles.
Découvrir brutalement la maladie de son conjoint.
Voir un parent perdre progressivement son autonomie.
Assister à une dégradation physique ou cognitive.
Traverser des hospitalisations répétées.
Entendre une annonce médicale difficile.
Être confronté à la possibilité de perdre quelqu’un que l’on aime.
Toutes ces expériences ne constituent pas nécessairement un traumatisme au sens clinique. Mais elles peuvent laisser des traces et maintenir le corps et le psychisme dans un état d’activation important.
Peur, colère, culpabilité, impuissance…
Ou parfois, au contraire, l’impression de ne plus rien ressentir.
« Je dois tenir. »« Je n’ai pas le choix. »« Il y a plus important que moi. »
C’est souvent ici que commence un autre phénomène : l’effacement progressif de soi.
La solitude de celui qui doit rester fort
C’est l’un des paradoxes de l’aidance : être très entouré et pourtant se sentir profondément seul.
Parce que l’entourage ne mesure pas toujours ce qui est vécu.
Parce qu’on ne veut pas se plaindre.
Parce qu’on protège ses enfants.
Parce qu’on ne veut pas inquiéter son conjoint.
Parce qu’il faut continuer à travailler.
Et parce que l’on est progressivement devenu celui ou celle sur qui tout le monde compte.
Jusqu’au moment où il devient difficile de dire simplement :
« Je n’en peux plus. »
La solitude de l’aidant n’est donc pas seulement liée à l’absence d’aide matérielle.
Elle peut aussi venir du sentiment de porter une réalité que personne ne voit vraiment.
Quand le corps finit par dire stop
À force de sollicitations, certains signaux peuvent progressivement apparaître :
fatigue persistante, sommeil perturbé, irritabilité, difficultés de concentration, problèmes de mémoire, anxiété, perte de plaisir, sensation d’être constamment sous pression, difficulté à se détendre ou impression de ne jamais réellement récupérer.
Chez certaines personnes, cette accumulation peut participer à un véritable épuisement.
Le sujet du burn-out des aidants mérite donc d’être considéré avec sérieux. Assur-Aidant consacre d'ailleurs une partie de ses ressources à cette problématique et rappelle plus largement l'importance d'accompagner les salariés qui doivent concilier activité professionnelle et soutien quotidien d'un proche.
Et il faut sortir d’une idée reçue : l’épuisement n’est pas un manque de courage.
Il peut au contraire apparaître chez des personnes qui ont tenu, compensé et assumé énormément de choses pendant très longtemps.
Le répit est indispensable… mais parfois insuffisant
Proposer du répit est évidemment essentiel.
Permettre à quelqu’un de prendre momentanément le relais peut offrir un espace indispensable à l’aidant.
Mais être physiquement éloigné de la situation ne signifie pas nécessairement parvenir à s’en détacher intérieurement.
Le cerveau peut continuer à anticiper.
À surveiller.
À culpabiliser.
À imaginer ce qui pourrait arriver.
C’est pourquoi l’accompagnement des aidants mérite parfois d’intégrer, en complément des réponses pratiques et sociales, une véritable prise en compte de leur vécu psychologique, émotionnel et corporel.
C’est précisément cette vision globale de l’accompagnement qui me semble essentielle.
Aider l’aidant à retrouver de la sécurité intérieure
Dans le cadre d’un accompagnement psychothérapeutique adapté à chaque personne, différentes approches peuvent être envisagées.
L’hypnose
L’hypnose peut permettre de ralentir et d'ouvrir un espace différent face au stress, à certaines manifestations anxieuses ou aux difficultés de sommeil.
Elle peut notamment aider certaines personnes à retrouver leurs ressources et à renouer progressivement avec un sentiment de sécurité intérieure.
La Somatic Experiencing®
La Somatic Experiencing® s’intéresse notamment à la façon dont certaines expériences difficiles continuent à se manifester dans le corps et le système nerveux.
Il ne s’agit pas nécessairement de raconter encore et encore ce qui s’est passé.
Le travail peut notamment consister à mieux identifier les sensations corporelles, les états d’activation et les réactions de défense afin de favoriser progressivement une meilleure régulation.
Selon l’histoire et les besoins de chacun, cette approche peut trouver sa place au sein d’un accompagnement psychothérapeutique individualisé.
L’objectif n’est pas d’apprendre à l’aidant à tenir encore davantage.
Il est de lui permettre de retrouver suffisamment de sécurité, de ressources et d’espace intérieur pour ne plus vivre uniquement en mode survie.
« Aidant : retrouver son équilibre » — un parcours en 5 séances
Parce que les aidants disposent justement de peu de temps pour eux-mêmes, j’ai imaginé un parcours individuel court de cinq séances, consacré spécifiquement à ces problématiques.
Séance 1 — Comprendre ce qui se passe
Identifier la charge cognitive, émotionnelle et corporelle. Comprendre les mécanismes d’hypervigilance et d’épuisement et commencer à mettre des mots sur son vécu.
Séance 2 — Apaiser le système nerveux
Reconnaître les signaux corporels de stress et d’alerte, expérimenter des outils de régulation et retrouver progressivement davantage de sécurité intérieure.
Séance 3 — Travailler le vécu difficile
Lorsque cela est pertinent et suffisamment sécurisant, travailler sur certaines expériences qui continuent à peser : annonce de la maladie, hospitalisation, perte d’autonomie, culpabilité, impuissance ou peur de perdre l’autre. L’hypnose ou la Somatic Experiencing® peuvent notamment être mobilisées selon les besoins.
Séance 4 — Sortir de la culpabilité et de l’hyper-responsabilité
Questionner certaines injonctions profondément installées : « Je dois être fort », « Je dois tout gérer », « Je n’ai pas le droit de penser à moi ». Et apprendre progressivement à poser des limites sans avoir l’impression d’abandonner l’autre.
Séance 5 — Reprendre sa place
Construire une manière différente d’être aidant sans disparaître soi-même. Identifier ses besoins, ses ressources et ses relais, et définir des points de vigilance permettant de prévenir un nouvel épuisement.
Le Colloque National des Proches Aidants : penser aussi à ceux qui accompagnent
Cette réflexion prendra une résonance particulière lors du 4ᵉ Colloque National des Proches Aidants, auquel j’aurai le plaisir de participer le 24 septembre 2026 à Lyon.
Organisée par Assur-Aidant, le collectif Le Pouvoir d’Agir de l’Aidant et la Fondation Aidant Attitude, cette édition mettra particulièrement en lumière les professionnels de l’aidance et les conditions nécessaires pour construire une filière durable. Trois tables rondes seront consacrées à la viabilité économique de l’accompagnement, à la formation et à la reconnaissance des compétences des professionnels, ainsi qu’au cadre légal et financier de la filière.
Ces réflexions sont essentielles.
Car derrière les dispositifs, les organisations et les solutions d’accompagnement, il ne faut jamais perdre de vue l’humain.
Un aidant n’est pas une ressource inépuisable.
Ce n’est pas un super-héros.
Ce n’est pas une extension du système de santé.
C’est une personne qui doit parfois apprendre, brutalement, à vivre avec une réalité qu’elle n’a pas choisie.
Elle possède sa propre histoire, ses émotions, son corps, ses limites et parfois ses propres blessures.
Prendre soin des aidants, ce n’est donc pas seulement prévenir leur épuisement. C’est leur redonner une place.
Et aider un aidant à retrouver de la sécurité, de l’énergie et une capacité de choix, c’est aussi, indirectement, prendre soin de la personne qu’il accompagne.
Parcours « Aidant : retrouver son équilibre »
5 séances pour comprendre, réguler et retrouver sa capacité à choisir.
Un accompagnement individuel, confidentiel et personnalisé.
Cet accompagnement ne se substitue pas à une prise en charge médicale ou psychiatrique lorsqu’elle est nécessaire. Les approches thérapeutiques sont proposées en fonction de la situation, des besoins et des indications propres à chaque personne.
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